Un rond-point à Hamme-Mille : une opportunité mal saisie

Le giratoire d'Hamme-Mille sera bientôt réalisé sur base d'un dossier de 2015, sans vision d'ensemble ni implication citoyenne. BAV analyse les occasions manquées.

Les travaux d’aménagement d’un giratoire au centre d’Hamme-Mille vont commencer dans les prochaines semaines. Ce projet, porté par la Région wallonne, répond à une volonté ancienne d’améliorer la fluidité du trafic à l’intersection entre la chaussée de Louvain et plusieurs axes importants. Si l’intention initiale peut sembler pertinente, le projet tel qu’il a été conçu et approuvé soulève plusieurs questions fondamentales pour les habitants de la commune, et en particulier pour les résidents d’Hamme-Mille.

D’abord, ce projet aurait dû être l’occasion d’une vision d’ensemble. Plusieurs initiatives importantes concernent actuellement le centre d’Hamme-Mille : le projet « cœur de village », le développement du site « Ludaphar », la création de nouveaux logements et l’évolution des services de proximité. Toutes ces évolutions auront un impact direct sur la mobilité, la sécurité, et la qualité de vie dans le village. Il est incompréhensible que ces projets aient été traités séparément, sans coordination préalable, comme si la planification urbaine pouvait se faire par fragments. Une vision intégrée aurait permis de maximiser les effets positifs de chaque projet, en évitant les incohérences et les redondances.

Ensuite, nous regrettons que le projet de giratoire ait été validé sur base d’un dossier largement identique à celui de… 2015. En presque dix ans, les usages, les besoins, et les attentes ont pourtant évolué. La région, que nous avons contactée, a confirmé être ouverte à des demandes spécifiques de la commune, mais n’en ayant pas reçu, elle a simplement reconduit le plan initial. Ce manque d’implication proactive de la commune dans un projet structurant est préoccupant. Il aurait été de sa responsabilité de faire valoir les besoins spécifiques des habitants d’Hamme-Mille : sécurité des piétons et cyclistes, accessibilité des commerces, continuité des cheminements doux, organisation du trafic de transit versus local, etc.

Le dossier, tel qu’il a été présenté aux habitants lors de l’enquête publique, manquait d’informations essentielles pour permettre une compréhension complète des enjeux. Or, la participation citoyenne ne peut être effective que si elle s’appuie sur des données claires, accessibles et contextualisées. L’enquête publique ne devrait pas être une formalité administrative, mais un moment de dialogue sincère avec la population.

Parmi les faiblesses du projet, deux aspects nous préoccupent particulièrement :

  • La place de la mobilité douce : bien que quelques aménagements soient prévus, le déséquilibre reste flagrant. Le projet donne la priorité à la voiture, au détriment de la sécurité et de la fluidité pour les usagers faibles. À titre d’exemple, le trajet cyclable entre la gare des bus et l’école Caritas n’est prévu qu’en sens unique, sans solution satisfaisante pour le retour. À l’heure où la transition vers une mobilité active est une priorité, cette approche est anachronique.
  • La cohésion du village : la création de bernes centrales imprimées entre les deux futurs giratoires va marquer la fracture entre les deux parties d’Hamme-Mille. Ce type de dispositif, pensé pour fluidifier le trafic, peut au contraire isoler les habitants et compliquer l’accès aux services. Il est essentiel de penser les infrastructures routières non seulement en termes de flux automobiles, mais aussi en termes de liens humains et sociaux.

Nous sommes convaincus qu’il aurait été possible de faire mieux. En intégrant dès le départ la nouvelle voirie prévue entre la rue des Messes et la chaussée de Louvain, on aurait pu repenser la circulation dans la rue Goemans, mieux connecter les différents projets, et offrir une infrastructure plus cohérente, plus humaine, et plus adaptée aux besoins quotidiens des habitants.

Chez Beauvechain avec Vous, nous pensons qu’un aménagement public ne se juge pas seulement à son coût ou à sa technicité. Il se juge à son utilité réelle pour les citoyens, à sa capacité à améliorer la vie quotidienne, à la manière dont il s’intègre dans une vision plus large de développement communal. Le rond-point d’Hamme-Mille est une occasion manquée. Mais il n’est pas trop tard pour tirer les leçons de ce projet et poser les bases d’une gouvernance plus exigeante, plus transparente et plus participative à l’avenir. La demande du collectif d’imposer un moratoire sur les projets d’importance et d’établir un SOL à Hamme-Mille pour cadrer l’ensemble des projets reste totalement légitime.