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PFAS à Beauvechain : lettre ouverte au Ministre Coppieters

Lettre ouverte à Monsieur Coppieters, Ministre de la Santé, de l’Environnement, des Solidarités, de l’Économie sociale, de l’Égalité des chances et des Droits des femmes.

Une initiative du groupe Beauvechain Avec Vous (BaV.), groupe citoyen d’opposition au conseil communal de Beauvechain, soutenue par :

  • Action Environnement Beauvechain, association locale engagée pour la protection de l’environnement et la qualité de vie ;
  • Bruno Schiffers, docteur en sciences agronomiques, professeur honoraire de l’Université de Liège – Gembloux Agro-Bio Tech, spécialiste en toxicologie des pesticides et écotoxicologie ;
  • Jean-Louis Lamboray, médecin de santé publique, ancien fonctionnaire de l’OMS, cofondateur du programme ONUSIDA (1995) ;
  • Emmanuel Mertens, bio-ingénieur, docteur en biochimie, habitant de Beauvechain ;
  • Céline Bertrand, experte en santé publique au sein de la cellule environnement santé de la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG).

Monsieur le Ministre,

Le 4 septembre prochain, vous serez à Hamme-Mille pour évoquer la question des PFAS. Cette venue, attendue, pourrait marquer un tournant pour Beauvechain. En effet, la population vit depuis des mois dans l’incertitude, entre inquiétudes légitimes, absence d’informations claires et espoir que les autorités publiques prennent enfin la mesure de la situation.

Une contamination avérée, largement négligée

À Beauvechain, la contamination aux PFAS est aujourd’hui avérée, mais reste largement négligée. La base militaire, implantée au cœur de la commune, constitue une source historique majeure de pollution : des mousses anti-incendie riches en PFAS y ont été utilisées pendant des décennies, jusqu’en 2021. Les relevés réalisés par la Défense classent le site parmi les « hotspots » reconnus, avec des concentrations de PFOS atteignant jusqu’à 97 fois les valeurs limites fixées en Wallonie. À cela s’ajoutent d’autres sources locales, comme l’ancien site industriel de la teinturerie La Comète.

En décembre 2023, la SWDE a mis en évidence jusqu’à 70 ng/L de PFAS dans l’eau de distribution issue des deux captages communaux. Des filtres à charbon actif ont été installés en urgence début 2024. Mais cette solution ne traite qu’un aspect du problème : les PFAS sont des polluants persistants et mobiles, qui migrent par lessivage des sols et par les nappes phréatiques, contaminant progressivement les eaux de surface, les sols agricoles et la chaîne alimentaire.

Des conséquences sanitaires qui ne peuvent être minimisées

Les PFAS sont qualifiés de « polluants éternels » car ils s’accumulent dans l’environnement et dans l’organisme humain. L’EFSA a fixé en 2020 une dose hebdomadaire tolérable extrêmement basse, en raison de leur impact sur le système immunitaire. L’OMS (2022) a souligné leur rôle probable dans divers troubles chroniques : perturbations endocriniennes, atteintes de la fertilité, retards de développement chez les enfants, et augmentation du risque de certains cancers.

L’exposition alimentaire est particulièrement préoccupante : les œufs de poules élevées en plein air et les légumes cultivés dans des sols contaminés deviennent des vecteurs privilégiés d’imprégnation. Dans des communes wallonnes intégrées aux Zones d’Investigation Prioritaires (ZIP) — Chièvres, Feluy–Ecaussinnes, Nimy–Obourg, Nandrin — des mesures de précaution ont été prises. À Beauvechain, dans un contexte pourtant comparable, aucune mesure de ce type n’a encore été prise.

Un déficit de cohérence et de transparence

D’un côté, la Défense reconnaît la base comme un site à haut risque, mais n’a entrepris aucune action de protection des riverains. De l’autre, la Région wallonne n’a pas intégré Beauvechain aux ZIP, privant les habitants du protocole régional d’investigation, de communication et de suivi sanitaire. L’ISSeP a refusé des analyses citoyennes faute de mandat politique, tandis que la motion votée par le conseil communal le 1er juillet reste une déclaration d’intention sans moyens réels.

Nos demandes

Au regard de la gravité de la situation, nous sollicitons :

  1. Intégrer sans délai Beauvechain aux ZIP, afin de bénéficier du protocole régional d’investigation, de communication et de suivi sanitaire.
  2. Mandater l’ISSeP pour analyser œufs, légumes, sols et eaux de surface, en priorité dans les zones les plus exposées.
  3. Lancer une campagne de biomonitoring ciblée sur la population, notamment à Nodebais et dans les quartiers en aval de la base.
  4. Garantir la transparence sur l’ensemble des données collectées par la Défense, la SWDE ou d’autres acteurs, avec une publication régulière sous forme compréhensible par le grand public.
  5. Diffuser des recommandations sanitaires locales, notamment auprès des écoles et crèches, afin de protéger les enfants et les familles.

La gestion des PFAS à Beauvechain ne peut se limiter à une question technique. Il s’agit d’un enjeu sanitaire, environnemental et de justice. La réponse doit être cohérente, transparente et alignée avec les principes appliqués dans les autres communes wallonnes concernées.

Seule une action publique coordonnée permettra de reconstruire la confiance, protéger la santé des habitants et garantir l’équité de traitement. Dans l’intérêt de la population et des générations futures, nous espérons que votre visite à Hamme-Mille ouvrira cette voie.

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