La part atypique de logements sociaux dans l’ensemble du logement public à Beauvechain
À Beauvechain, nous comptons aujourd’hui environ 143 logements publics ou conventionnés. Parmi eux, seuls 25 sont des logements sociaux gérés par l’IPBW. Autrement dit, à peine 18 % de notre parc public est du logement social. Dans l’ensemble du Brabant wallon, près de 94 % des logements publics sont sociaux. Nous sommes donc une commune atypique, et cette singularité mérite d’être questionnée.
Deux justifications historiques
Historiquement, la commune a justifié ce choix par deux arguments : la rareté de terrains publics disponibles, et la volonté de diversifier l’offre en misant sur le logement intergénérationnel et le logement moyen, afin de retenir les jeunes ménages et de répondre aux besoins des aînés. Cette politique a permis de créer une offre, c’est vrai. Mais elle n’est pas sans conséquence.
Des conséquences sur l’inclusion sociale
Nos propres outils — le Schéma de structure communal et le Règlement communal d’urbanisme — rappellent que l’aménagement du territoire doit viser la qualité de vie, la gestion parcimonieuse du sol, mais aussi l’inclusion sociale. Or, en limitant drastiquement le logement social, nous avons restreint l’accès des familles les plus modestes à notre commune. Avec des loyers allant de 490 à 850 euros pour certains projets intergénérationnels, beaucoup de ménages populaires sont de facto exclus.
Il faut aussi regarder nos propres règles urbanistiques. La volonté de maintenir une densité faible signifie mécaniquement que chaque logement coûte plus cher. C’est une politique qui renforce l’exclusion, car elle rend presque impossible l’accès à un logement abordable pour les jeunes ménages et les classes populaires.
Une dimension budgétaire que nous ne pouvons plus ignorer
Investir dans du logement moyen ou intergénérationnel, c’est un choix que la commune finance largement sur fonds propres. Or, le logement social est massivement subsidié par la Région wallonne. Lorsque c’est l’IPBW qui construit et gère des logements sociaux sur notre territoire, c’est la Région qui prend en charge l’essentiel de l’investissement.
En choisissant délibérément de rester en dehors de cette logique, Beauvechain se prive de subsides régionaux importants et continue d’engager des deniers communaux là où elle n’y est pas obligée. Dans un contexte budgétaire qui se tend d’année en année, continuer à financer du logement moyen sur fonds propres plutôt que de mobiliser les mécanismes de subsidiation existants pour le logement social, ce n’est pas de la prudence budgétaire — c’est un choix politique, et il a un coût.
- Un coût financier : chaque euro investi dans un logement moyen non subsidié est un euro qui ne l’est pas dans une école, une crèche, un sentier, ou la rénovation énergétique de nos bâtiments communaux.
- Un coût social : ce choix entretient une commune progressivement inaccessible aux ménages modestes, aux familles monoparentales, aux jeunes qui ont grandi ici et qui ne peuvent plus y revenir.
Des alternatives existent
En respectant les alignements, la qualité architecturale et un bon aménagement du territoire, nous pourrions autoriser la division de logements existants et favoriser une densification harmonieuse. Nous pourrions aussi encourager des formes de cohabitation innovantes : le logement « kangourou », le vrai logement intergénérationnel, l’habitat groupé où chaque famille dispose d’espaces privatifs mais partage des espaces communs de qualité.
En résumé
Si nous voulons préserver la mixité socio-économique de Beauvechain, il est urgent de réorienter notre politique. Cela suppose d’augmenter la part de logements sociaux, d’intégrer des objectifs de mixité dans chaque nouveau projet, et de donner plus de liberté aux habitants pour créer des solutions locales.
Beauvechain doit rester une commune ouverte à toutes et à tous, pas seulement à ceux qui en ont les moyens ou les bonnes relations. C’est une question de justice sociale, mais aussi d’image et d’avenir.
