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Finances communales : derrière les annonces, une marge de douze mille euros

Les comptes 2025 et la première modification budgétaire 2026 (MB1) viennent d’être examinés au conseil communal. Notre groupe a voté contre — non par posture, mais parce que les documents eux-mêmes décrivent une situation que la majorité présente sous son meilleur jour. Voici, chiffres à l’appui et sur la seule base des pièces publiques, ce que nous y lisons.

Ce n’est plus seulement l’opposition qui le dit. En approuvant les comptes 2025 (arrêté du 19 mai 2026), la Région wallonne y a joint quatorze observations. Plusieurs dépassent la simple remarque de forme. La plus parlante : pour ajuster ses crédits en 2025, la commune n’est pas passée par une modification budgétaire — le seul instrument qui aurait soumis ces ajustements au débat du conseil et au contrôle de la Région. Elle a emprunté un raccourci, le tableau de synthèse, que la tutelle a refusé. S’y ajoutent des dépassements de crédit, l’apurement imposé des fonds régionaux FRIC et PIMACI (près de 494.000 euros), et une série de régularisations. Une approbation assortie de corrections n’est pas un brevet de bonne gestion.

Un résultat positif qui ne tient qu’au passé. On nous présente un boni ordinaire. Mais il ne tient que grâce au report des exercices antérieurs. La marge dégagée par l’année 2026 elle-même — le boni d’exercice propre — n’est que de 12.058 euros. Douze mille euros, pour une commune dont le budget se chiffre en millions. C’est ce chiffre, et non le résultat global, qui mesure notre capacité réelle à équilibrer le fonctionnement courant. Il est, en pratique, proche de zéro — ce qui rend la commune vulnérable au moindre choc de recettes.

La masse salariale : une hausse réelle, tenue par une béquille sur le point de céder. C’est notre principale alerte. Depuis 2018, les effectifs communaux sont passés de 56 à près de 73 équivalents temps plein — près de 29 % de plus — pour une population restée quasi stable. Une partie de cette hausse correspond à des services réels, la crèche et les écoles notamment ; mais son ampleur excède largement ce que ces besoins justifient. En euros, les frais de personnel bruts ont progressé de près de 27 % entre 2022 et 2025. Si le coût net n’a, lui, augmenté que de 5 %, c’est uniquement grâce aux subsides — au premier rang desquels les aides à l’emploi (APE), près de 839.000 euros en 2025. Autrement dit, la maîtrise apparente du coût repose sur une subvention extérieure.

Or cette subvention est condamnée : le dispositif APE est supprimé au 1er janvier 2027, et la MB1 en porte déjà la marque, avec une aide en baisse. Nous restons prudents sur le montant qui restera finalement à charge — certains secteurs seront protégés — mais l’ordre de grandeur est sans appel : une part importante de ces 839.000 euros, à mettre en regard d’une marge de 12.058 euros. Ce rendez-vous n’est ni anticipé, ni provisionné, ni porté au débat. Il devrait l’être dès aujourd’hui.

Ce n’est pas un reproche aux agents. C’est la critique d’un modèle : étoffer continûment l’administration sur des emplois subventionnés et précaires, pendant que le noyau statutaire — la mémoire, l’expertise et la continuité de la commune — recule de 21 % sur la période. Un modèle plus fragile, et suspendu à une aide qui disparaît.

Des ambitions affichées… rarement réalisées. Année après année, la commune inscrit à son budget des investissements qu’elle ne réalise ensuite qu’à une faible part : sur 2022-2025, 17,77 millions d’euros inscrits, dont 48 % seulement engagés et de l’ordre de 13 % imputés. Le budget affiche donc des ambitions qui, pour l’essentiel, ne se concrétisent pas. Ces annonces occupent le devant de la scène ; la réalité du fonctionnement — cette marge proche de zéro — reste, elle, à l’arrière-plan. L’affichage pose en outre une question de sincérité : c’est précisément la sur-inscription des investissements que la tutelle a pointée, et c’est elle qui génère mécaniquement les écarts qu’il a fallu corriger.

Une dette qui gonfle, des réserves qu’on grignote. La charge de la dette a presque triplé entre 2022 et 2025 (de 122.000 à 359.000 euros), et la MB1 prolonge la trajectoire avec près de 1,68 million d’euros de nouveaux emprunts inscrits. Dans le même temps, le fonds de réserve extraordinaire est mobilisé comme rarement (plus de 2,1 millions d’euros). Par honnêteté : une bonne partie de ces montants relève d’inscriptions budgétaires, pas de dépenses certaines — le taux d’exécution est historiquement faible. Mais la trajectoire programmée, elle, alourdit clairement la charge.

Notre position. Ces difficultés ne sont pas, pour l’essentiel, des erreurs de l’administration. Elles découlent d’une manière de construire le budget : sur-inscrire les investissements, préférer le raccourci à la voie transparente, repousser les rendez-vous inconfortables. C’est un choix politique, celui du Collège. Soyons justes : certaines charges lui échappent — dotations imposées, indexations — et nous ne les lui reprochons pas. Mais l’architecture du budget, le calibrage des investissements, le mode de financement et la politique du personnel relèvent pleinement de lui. C’est sur ces choix que porte notre critique.

Notre proposition. Plutôt qu’une régularisation au coup par coup sous l’injonction de la tutelle, nous proposons au Collège quatre engagements de méthode, que nous soumettrons au débat du conseil : un budget sincère, dont les investissements inscrits sont calibrés sur ce qui est réellement réalisable ; le risque lié à la fin des APE chiffré, provisionné et porté à ce conseil avant l’échéance du 1er janvier 2027 ; chaque grand projet adossé à des subsides notifiés — et non seulement espérés — avant tout engagement ; et un débat de fond sur le modèle du personnel, plutôt que des décisions au fil de l’eau. Ce ne sont pas des promesses coûteuses : ce sont des exigences de transparence.

Notre rôle n’est pas de noircir le tableau, mais de le regarder en face. Pas de catastrophisme : des chiffres vérifiés, et la transparence que les Beauvechainois sont en droit d’attendre.


Sources : arrêté de tutelle du 19 mai 2026 (comptes 2025) ; première modification budgétaire 2026 ; documents budgétaires communaux 2022-2026. Les montants cités figurent dans ces pièces.

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