L’eau, et la condition qui a disparu
Dossier Destruction du Marais de la chaussée — Article 5 sur 6
Cet article est le plus technique du dossier. Nous allons essayer de le rendre lisible, parce que le sujet mérite d’être compris par tout le monde et pas seulement par les ingénieurs.
Il porte sur une question à laquelle chaque habitant de Hamme-Mille peut répondre par un souvenir : que devient l’eau quand on bâtit sur un terrain qui l’absorbait ?
Deux choses différentes qu’on confond souvent
La rétention des eaux de pluie. Quand on couvre un terrain de toitures, de routes et de parkings, la pluie ne s’infiltre plus : elle ruisselle. On prévoit donc des bassins, des noues, des zones d’immersion temporaire, dimensionnés pour encaisser un orage. C’est un problème de débit : on retient l’eau un moment, puis on la relâche lentement.
La compensation volumétrique en zone inondable. C’est autre chose. Quand un terrain se trouve dans une zone où la rivière déborde, ce terrain sert de réservoir naturel : l’eau y a sa place. Si on le remblaie pour construire, ce volume disparaît — et l’eau qui s’y mettait ira ailleurs, c’est-à-dire chez quelqu’un d’autre. La règle est donc simple : tout ce qu’on ajoute en remblai, on doit le rendre ailleurs en creusant. C’est un problème de volume, pas de débit.
Retenez cette distinction. Toute la suite en dépend.
Ce que la Province avait demandé
La Province du Brabant wallon dispose d’un service spécialisé en cartographie et hydrologie. Elle a posé une condition, référencée RID.1 dans le dossier. Cette condition demandait l’équilibre entre remblais et déblais partout en zone d’aléa d’inondation, selon la carte officielle arrêtée par le Gouvernement wallon le 4 mars 2021.
Les chiffres qui figurent dans la décision ministérielle
La décision qui accorde le permis, le 30 mars 2026, résume les observations reçues. On y lit ceci : le remblayage serait estimé à 7 500 mètres cubes, la zone d’immersion temporaire n° 4 à 2 500 mètres cubes, soit un déficit annoncé de 5 000 mètres cubes.
Cinq mille mètres cubes, c’est le volume de deux piscines olympiques. C’est de l’eau qui, un jour de crue, devra aller quelque part. Sur ce point, nous avons aussi adopté le protocole GISER au conseil du 24 août — voir notre article sur le GISER.
Ce que le Collège a répondu
Nous avons demandé au Collège communal qui avait décidé d’abandonner cette compensation, et sur la base de quelle délibération. Sa réponse du 2 septembre 2026 affirme que rien n’a été abandonné. Elle avance des chiffres : un volume de rétention de 628 mètres cubes pour un seuil calculé de 551 mètres cubes, validé par les instances techniques.
Revenons à notre distinction du début. Ces 628 mètres cubes concernent la rétention des eaux de pluie. La condition de la Province portait sur la compensation volumétrique en zone inondable. Ce sont deux dispositifs différents, deux calculs différents, deux problèmes différents. La réponse du Collège est peut-être exacte sur le dispositif qu’elle décrit. Elle ne porte pas sur celui que nous avions évoqué.
Nous avons donc demandé la note de dimensionnement dont ces chiffres sont tirés. Nous attendons.
Une obligation qui ne s’éteint pas
Il y a un point sur lequel nous rejoignons entièrement la réponse du Collège. L’article 135, § 2, de la Nouvelle loi communale confie à la commune la sécurité et la salubrité publiques. Le Collège écrit lui-même que ces obligations ne sont « ni délégables ni suspendues par la délivrance d’un permis », qu’elles s’exercent avant, pendant et après le chantier, et qu’il prendra « toute mesure de police que la sécurité publique exigerait ».
C’est important, et nous prenons acte de cet engagement. Il signifie que le permis régional ne dégage pas la commune de sa responsabilité. Nous le rappellerons le moment venu.
Ce que nous affirmons, et ce que nous n’affirmons pas
Nous n’affirmons pas que ce projet provoquera des inondations. Nous n’en savons rien. Ce que nous constatons est d’ordre procédural, et vérifiable dans les documents : une instance spécialisée a posé une condition précise ; le traitement du dossier n’y a pas répondu dans les mêmes termes ; et lorsque nous avons interrogé le Collège, sa réponse a porté sur un autre dispositif.
Voilà pourquoi nous continuons à demander les pièces. Non pas pour avoir raison, mais parce qu’en matière d’eau, on ne rattrape pas une erreur après coup. Ceux qui ont eu de l’eau dans leur maison en juillet 2021 savent exactement ce que cela veut dire.
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Dossier complet : 1 · 2 · 3 · 4 · 5 · 6 — Voir aussi : TAMET au conseil du 24 août
