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Le Marais de la chaussée : ce qu’on va détruire à Hamme-Mille

Dossier Destruction du Marais de la chaussée — Article 1 sur 6

Il porte un nom, et peu de gens le savent : le Marais de la chaussée. C’est ainsi qu’il est répertorié dans l’inventaire régional des sites de grand intérêt biologique, sous le numéro 3493.

C’est ce terrain de quatre hectares et dix ares que vous longez chaque jour sur la chaussée de Louvain. Des arbres, des roseaux, de l’eau qui stagne une bonne partie de l’année. Un endroit qui n’a l’air de rien.

C’est là que doit s’élever le plus grand projet immobilier de l’histoire de notre commune : 130 logements — 100 appartements et 30 maisons —, trois commerces de proximité, un établissement horeca, cinq espaces pour professions libérales et services, 235 places de parking, un rond-point sur la nationale et une nouvelle route qui traverse le tout.

Avant que les grues n’arrivent, il nous a semblé utile de dire précisément ce qu’il y a sur ce terrain. Non pas ce que nous en pensons : ce que les documents officiels en disent.

Et une précision qui a son importance : le projet ne se construit pas à côté du marais. Les documents sont formels — le site est « intégralement compris dans le SGIB 3493 Marais de la chaussée ».

Un habitat que l’Europe classe prioritaire

Sur ce terrain poussent une roselière, une magnocariçaie, et surtout une aulnaie-frênaie alluviale et marécageuse.

Ce nom ne dit rien à personne, et pourtant il compte. Il s’agit d’un type de forêt humide devenu si rare en Europe que la réglementation le classe parmi les habitats prioritaires — le niveau de protection le plus élevé, celui qu’on réserve aux milieux menacés de disparition. Dans les textes, il porte le code 91E0*. L’astérisque signifie précisément : prioritaire.

Quand on lit l’avis du Département de la Nature et des Forêts (DNF), on comprend que 80 % de cet habitat protégé va disparaître : 55 % purement détruits, 25 % rasés puis replantés en espérant que ça reprenne. Seuls 20 % resteront intacts.

« Au cas où ça ne repousserait pas »

Pour les 25 % rasés, on nous promet une restauration. Comment ? On abat, on remanie le terrain, on replante — et ensuite on regarde. Le plan prévoit noir sur blanc de mettre en œuvre des actions correctives « au cas où la première phase ne présenterait pas les résultats escomptés ».

L’objectif n’est pas une obligation avec une date et une sanction. C’est une intention : atteindre, « dans les prochaines années », un niveau de biodiversité « au moins équivalent » à celui d’aujourd’hui.

Pire : l’administration reconnaît elle-même, dans la décision de dérogation, que la mise en œuvre de certaines recommandations « ne peut être garantie, notamment en raison de la non-maîtrise par le demandeur des espaces privés à terme ». Traduction : une fois les appartements vendus, plus personne ne maîtrise ces parcelles.

Une aulnaie-frênaie met des décennies à se constituer. La destruction, elle, prend quelques jours.

Les 7 500 mètres cubes

Le terrain se situe en zone d’aléa d’inondation. Ce n’est pas une opinion : c’est une cartographie officielle, arrêtée par le Gouvernement wallon.

Chacun ici se souvient de juillet 2021. À la station de mesure la plus proche, la crue a atteint 1,96 mètre et près de six mètres cubes par seconde le 17 juillet. Ceux qui ont eu de l’eau dans leur cave n’ont pas besoin qu’on leur explique ce que cela veut dire.

Un terrain naturel en zone inondable, c’est un réservoir : l’eau y a sa place. Si on le remblaie, ce volume disparaît, et l’eau va ailleurs — c’est-à-dire chez quelqu’un d’autre. La Province du Brabant wallon avait posé une condition de compensation volumétrique. La décision qui accorde le permis annonce un déficit de 5 000 mètres cubes — soit deux piscines olympiques. Ce point est développé dans l’article 5 de ce dossier.

Un sol pollué

Le terrain est une ancienne décharge. Le sol est pollué au plomb et devra être assaini : excavation des terres, évacuation sous la surveillance d’un expert agréé, traçabilité de chaque mouvement de terre.

C’est un argument que l’on entend souvent en faveur du projet, et il n’est pas absurde : sans projet, pas d’assainissement. Il mérite d’être entendu. Il mérite aussi d’être pesé face à ce que cet assainissement coûtera au milieu naturel qui s’y est installé depuis.

Et les étés qui viennent

Une zone humide plantée d’arbres, ça rafraîchit. L’eau s’évapore, les feuillages font de l’ombre, l’air y descend de plusieurs degrés par rapport au bitume voisin. C’est le principe même de ce qu’on appelle un îlot de fraîcheur — et à l’inverse, toitures, voiries et parkings emmagasinent la chaleur du jour et la restituent la nuit.

Nous venons de vivre des étés dont personne, il y a vingt ans, n’imaginait qu’ils deviendraient ordinaires. Ils reviendront. Les habitants de Hamme-Mille qui vivent près de ce terrain le sentiront — pas dans un rapport, dans leur maison.

Quatorze ans de projets successifs

Ce n’est pas la première fois que ce terrain intéresse des promoteurs. Depuis 2012, plusieurs projets s’y sont succédé, de plus en plus importants au fil des années. Aucun n’avait abouti.

Celui-ci a obtenu son permis le 30 mars 2026, sur recours, par arrêté du ministre wallon du Territoire. Des associations et des habitants l’ont porté devant le Conseil d’État, où la procédure en annulation est toujours pendante.

Exactement ce qu’on sait qu’il ne faut plus faire

Détruire une zone humide. Bâtir en zone inondable. Imperméabiliser quatre hectares au cœur d’un village. Raser un habitat que l’Europe classe prioritaire. Renoncer à la compensation en eau qu’une instance publique avait exigée.

Tout ce que l’on sait, aujourd’hui, qu’il ne faut plus faire. Et pourtant, tout est en ordre. Chaque étape a son avis, chaque avis son considérant, chaque considérant sa formule. Personne n’a rien fait d’irrégulier — c’est bien ce qui inquiète.

Nous ne disons pas qu’il ne faut jamais rien construire à Beauvechain : la commune a besoin de logements, et un terrain pollué en centre de village n’a pas vocation à le rester. Nous disons qu’avant de raser un marais, il faut être certain d’avoir tout vérifié.

C’est ce que nous avons voulu faire. Les articles qui suivent racontent ce que nous avons trouvé.


Article suivant : Qui a écrit l’avis de la commune ?

Cet article fait partie du dossier Destruction du Marais de la chaussée : 2. Qui a écrit l’avis ? · 3. Un recours d’habitants · 4. L’autorisation de détruire · 5. L’eau et la condition · 6. Six mètres boisés

Lire aussi notre article publié en séance du conseil communal du 24 août : TAMET : trois faits que le Collège a refusé de laisser débattre

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